Du mode survie au mode robustesse
Dix ans pour prouver qu’on peut livrer autrement
Le 11 avril 2016, Rayon9 donne son premier coup de pédale.
À l’époque, Serge et Benoît ne cherchent pas simplement à lancer une entreprise de livraison à vélo. Ils veulent répondre à une question beaucoup plus profonde : peut-on encore imaginer une logistique urbaine qui ne repose ni sur la saturation des villes, ni sur la précarité des travailleurs, ni sur des modèles économiques déconnectés des territoires ?
Dans un secteur dominé par les géants de la livraison, où la rapidité prime sur tout le reste et où la livraison est devenue artificiellement “gratuite”, la réponse semble presque impossible.
Eux décident pourtant de ne pas céder au mirage.
Plutôt que d’attendre qu’un autre modèle émerge, ils choisissent de construire une alternative concrète. Une entreprise capable de créer de l’emploi local, de payer des taxes localement, de remettre de l’humain dans la livraison du dernier kilomètre — tout en restant économiquement viable.
Très tôt, Rayon9 fait aussi un choix fort : celui de devenir une coopérative agréée en économie sociale. Une manière d’éviter la concentration du pouvoir et de préserver l’alignement entre gouvernance, impact et projet collectif.
Dix ans plus tard, le pari tient toujours debout.
317.000 kilomètres parcourus.
63 tonnes de CO₂ économisées.
Et surtout : la preuve qu’une autre manière de livrer peut exister.
Mais entre l’intuition de départ et la robustesse d’aujourd’hui, le chemin a été exigeant.
Le coût invisible des pionniers
Créer une alternative dans un marché encore immature a longtemps ressemblé à une course d’endurance.
Car Rayon9 ne devait pas seulement livrer des colis. L’entreprise devait aussi convaincre. Sensibiliser. Expliquer pourquoi une livraison plus humaine, plus locale et plus durable avait de la valeur.
Pendant que d’autres acteurs développaient leur croissance sur des modèles ultra-précaires ou financés par des logiques spéculatives, Rayon9 absorbait les coûts invisibles de la transition.
« Rayon9 a toujours été fragile. Peu rentable, trop dépendant de moi, le gestionnaire », confie Serge. L’entreprise avance grâce à la force de son collectif, à la fidélité de ses clients et à une conviction profonde : les emplois précaires ne sont pas une fatalité.
Chez Rayon9, les coursiers sont salariés. Un choix cohérent avec la vision portée par l’entreprise, mais qui demande aussi davantage de structure, davantage d’anticipation et davantage de robustesse économique.
Car pour durer, la conviction seule ne suffit pas.
À un moment, il faut apprendre à piloter.
Quand la SMALA pose la boussole et trace la route
Lorsque Serge rejoint la SMALA, il ne cherche ni un plan marketing ni une méthode miracle.
Après plusieurs accompagnements peu concluants, il ressent surtout le besoin d’échanger avec d’autres entrepreneurs. Des dirigeants capables de comprendre la complexité d’une PME engagée qui tente de concilier impact, gouvernance et viabilité économique.
« L’entreprise tenait debout, mais on avançait à vue. » Avec Noémie et deux entrepreneurs du réseau, Serge entame alors la Pyramide stratégique de la sMALA. Un travail de fond qui aide les dirigeants à reconnecter vision, stratégie et réalité du terrain.
Le parcours l’amène à revisiter les fondamentaux :
les intentions de départ ; les forces réelles de Rayon9 ; les opportunités d’un marché en transition ; mais aussi le rôle qu’il souhaite lui-même jouer comme dirigeant. Peu à peu, les choses se clarifient. Serge parle d’une “lumière au bout du tunnel”
« J’ai rangé les choses. Ça m’a structuré, et ça a structuré le conseil d’administration. On sait où on va, pourquoi on y va, mais aussi comment on y va, étape par étape. » La réflexion débouche sur une vision affirmée pour 2028 : atteindre 100.000 livraisons/ an tout en consolidant un modèle robuste, fidèle à ses valeurs et capable de grandir sans perdre son identité.
Pour y parvenir, plusieurs priorités émergent :
– Renforcer la structure commerciale, avec l’engagement d’un business développer pour stabiliser les revenus récurrents.
– Diversifier les partenariats, en collaborant avec les acteurs principaux du secteur de la livraison pour prouver qu’un autre modèle de logistique est possible.
– Consolider la gouvernance, en donnant un rôle clair au conseil d’administration et en instaurant un comité d’accompagnement.
– Préparer la croissance maîtrisée, en posant les bases d’un modèle duplicable sans perdre la culture de proximité.
Mais au-delà du plan stratégique, Serge parle surtout d’un changement de posture.
« Je ne m’autorisais pas à diriger. Je me sentais gestionnaire, pas dirigeant. Aujourd’hui, j’ai appris à assumer ce rôle. » Trouver l’équilibre entre impact et performance
Lors d’un événement organisé par la SMALA, Serge prend la parole devant les autres entrepreneurs du réseau pour formuler sa promesse d’impact.
Le moment agit comme une mise au clair.
il y parle d’équilibre. Celui qu’il cherche chaque jour entre ses valeurs humaines et son ambition de robustesse, entre le monde de l’économie classique et celui de l’économie sociale, entre performance et sens.
“Ma promesse, c’est de faire le lien entre deux mondes.
De rester connecté à mes valeurs, tout en allant chercher le potentiel de l’autre.
De conjuguer exigence et bienveillance, ambition et attention à l’humain.”
Ce moment suspendu cristallise tout ce que Rayon9 incarne aujourd’hui : une entreprise sociale et humaine, ancrée dans la réalité du marché, mais guidée par une vision de société plus juste et apaisée.
Cette recherche d’équilibre devient progressivement le fil conducteur de Rayon9.
“ Car l’objectif n’est pas de rester une initiative “militante” en marge du marché. L’objectif est de démontrer qu’une entreprise profondément ancrée dans la transition peut aussi devenir performante, crédible et structurée”. Structurer pour durer
Avec l’appui de la sMALA, Serge met également en place un comité d’accompagnement inspiré des advisory boards, aux côtés de Thomas Rulmont et Luc Pire.
Le dispositif devient rapidement un outil de pilotage essentiel. Il aide à clarifier les priorités, structurer les décisions et donner davantage de cohérence entre vision stratégique et actions quotidiennes.
« Ce qui m’a marqué, c’est la justesse de l’accompagnement. La SMALA ne nous a ni ménagés, ni bousculés inutilement. Elle a compris notre marché et nous a aidés à avancer avec réalisme et ambition. » Cette structuration produit rapidement des effets concrets.
Pour soutenir sa croissance, Rayon9 engage Frédéric au développement commercial. Sa mission : structurer la prospection, ouvrir de nouveaux marchés et stabiliser les revenus récurrents.
Le changement de culture est profond.
« Avant, on regardait nos charges pour éviter l’hémorragie. Aujourd’hui, on construit pour atteindre nos objectifs. » En quelques années, Rayon9 passe progressivement d’une logique de survie à une logique de pilotage.
Les chiffres traduisent cette évolution :
234.000 € de chiffre d’affaires en 2023 ; 420.000 € prévus en 2025 ; Mais derrière cette progression, Serge voit surtout une transformation plus profonde : l’entreprise a appris à investir dans sa mission et à se projeter dans l’avenir.
DPD : quand une PME fait bouger les lignes
Le partenariat avec DPD marque un tournant symbolique.
Dans un marché dominé par des acteurs internationaux, Rayon9 décroche un contrat de livraison du dernier kilomètre.
Très vite, les différences se remarquent sur le terrain.
« Les clients étaient étonnés qu’un livreur sonne à leur porte. Dans un piétonnier, c’est rare. DPD a vite compris qu’ils y gagnaient : moins de plaintes, plus de satisfaction. » Au premier trimestre 2026, près de 11.000 colis ont déjà été livrés dans le cadre de ce partenariat.
Pour Serge, cette collaboration démontre quelque chose d’essentiel : une logistique plus humaine, plus locale et plus durable n’est pas incompatible avec la performance. Elle peut même améliorer la qualité du service.
« Si on ne prêche que les convaincus, on ne changera jamais le monde. » C’est probablement là que réside la plus grande réussite de Rayon9.
Ne pas avoir attendu que le marché soit prêt.
Avoir accepté les coûts de la transition, les fragilités des débuts et les années de sensibilisation nécessaires pour construire une alternative crédible.
Et prouver, dix ans plus tard, qu’une autre manière de livrer peut non seulement exister — mais aussi grandir.
À La SMALA, “entreprendre la transition” ne se résume pas à adopter quelques gestes durables. C’est engager une transformation stratégique, culturelle et humaine — inspirée et accélérée par des entrepreneurs qui l’ont déjà fait.
À travers le membership, la réflexion stratégique et les advisory boards, La SMALA entoure chaque dirigeant de PME pour construire avec lui une entreprise plus robuste, alignée et compétitive dans un monde en transition — un monde qui a besoin d’entrepreneurs pour répondre aux défis du XXIᵉ siècle.
Nous espérons que vous avez apprécié l’histoire de Serge…..