Case studies
#SMALA Articles

Low Tech, IA, High-Tech dans nos PME

Le 13 mars dernier, La SMALA a réuni ses membres (des dirigeantsde PMEs) à Bruxelles autour d’une question qui nous concerne tous : Quelle technologie pour prendre soin de notre avenir ? Une journée pour plonger dans l’ambiguïté, confronter les points de vue et imaginer des trajectoires qui réconcilient innovation et durabilité, sans tomber dans le techno-solutionnisme.
Trois figures inspirantes ont ouvert la réflexion :
Fabrice Brion, CEO d’I-Care Group et parrain de l’année sur le thème CARE,
Loïc Bar, CEO d’Opinum, expert en data et tech durable,
Niels Duchesne, CEO de Merytherm, acteur industriel engagé.
IA 2.jpg

Fabrice Brion – Réconcilier performance, respect humain et durabilité

Pour Fabrice Brion, CEO d’I-Care Group et parrain de l’année sur le thème CARE, la question n’est pas de choisir entre performance économique, développement humain et impact écologique — mais de les articuler pour en faire des leviers de croissance mutuellement bénéfiques.
Son entreprise de maintenance prédictive repose sur trois valeurs qu’il juge indissociables : performance, durabilité et respect pour l’humain. Une enquête interne a d’ailleurs révélé que 87 % des collaborateurs recommanderaient I-Care à d’autres — preuve qu’il est possible de conjuguer attractivité employeur et réussite économique.
Fabrice a cependant dressé un constat lucide : « Il est déjà trop tard pour éviter les conséquences du changement climatique ». Les impacts sont là — inondations, tensions sur les ressources — et vont s’accélérer. Selon lui, le rôle d’un dirigeant est donc double :
Changer la trajectoire pour limiter l’ampleur des dégâts ;
S’adapter dès aujourd’hui au monde extérieur tel qu’il évolue, même dans un contexte d’incertitude.
Il met en garde contre les dérives du « techno-solutionnisme » et rappelle que certaines technologies que l’on croit « vertes » reposent encore sur des énergies carbonées. La clé réside dans des choix technologiques conscients, alignés avec nos valeurs et nos objectifs à long terme.
Sur l’IA, sa position est claire : ce n’est pas un « must-have » universel, mais un outil qui, bien utilisé, transforme des données brutes en informations utiles à la décision. Il alerte toutefois sur la nécessité de gouverner son usage pour éviter les applications néfastes, et voit dans l’intelligence collective — plutôt que dans la seule puissance des algorithmes — le vrai moteur de transformation positive.
En citant Gramsci (« Le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître »), il souligne l’urgence : réduire au minimum la période d’entre-deux où naissent les « monstres » et saisir cette transition pour bâtir un monde meilleur.
Sa conclusion résonne comme un appel à l’action pour tous les dirigeants :
« Notre monde est fini. Avec 8 milliards d’habitants, il faut optimiser l’utilisation des ressources. C’est utopiste de croire qu’on a le choix. La question, c’est comment nous allons le faire. »

Niels Duchesne – Réhabiliter le “commun” face aux dérives technologiques

Pour Niels Duchesne, CEO de Merytherm, la technologie n’est ni bonne ni mauvaise en soi — tout dépend du lien qu’elle entretient avec nos besoins fondamentaux et avec le commun. Il aime rappeler que l’histoire de la technologie remonte bien avant le numérique, citant Archimède ou Zenobe Gramme. Mais c’est justement l’invention de la dynamo, moteur du développement industriel, qui a aussi enclenché certaines des crises actuelles.
Niels met en garde contre une course à l’efficacité qui, paradoxalement, augmente l’utilisation et la consommation (effet rebond). Il voit dans l’IA un potentiel… à condition qu’elle serve le lien, le collectif, et non l’isolement ou l’hyper-consommation. Sinon, c’est comme administrer des soins palliatifs à un junkie sans traiter la dépendance : on soulage les symptômes, mais on ne règle pas le problème.
megaphone
Sa vision prospective : une “Wiki-IA” gérée par ses utilisateurs, conçue comme un bien commun et non contrôlée par quelques géants privés. Il estime que la vraie force de l’Europe réside dans ses valeurs humanistes, plus que dans sa puissance économique ou militaire — et que ces valeurs doivent guider l’usage que nous faisons des technologies.

Loïc Bar – Mettre la donnée au service du climat… sans perdre notre humanité

Loïc Bar, CEO d’Opinum, connaît bien le dilemme des données : elles sont indispensables pour mesurer et agir face au changement climatique, mais leur exploitation accroît aussi notre consommation énergétique. Pour lui, la technologie est un tampon, pas une solution miracle. Elle nous donne du temps pour nous adapter, mais si nous ne changeons pas nos modes de fonctionnement, elle ne fera que repousser l’échéance.
Il met en garde contre la complexité croissante que la technologie introduit dans nos vies : « Fatigué de la complexité, on en rajoute encore plus », dit-il, au risque de dégrader nos conditions humaines. Pas de technosolutionnisme chez lui : il compare certaines innovations à des soins palliatifs — utiles mais insuffisants si l’on ne s’attaque pas aux causes.
Sur l’IA, Loïc est clair : ne pas l’utiliser est un risque, l’utiliser aussi. Il appelle donc à un encadrement solide, car ces outils sont aussi les plus puissants instruments de propagande jamais inventés. Et il prévient : si nous ne reprenons pas le contrôle, d’autres le feront à notre place, en imposant leurs narratifs.
megaphone
Son mot de la fin : « Conscience – faire des choix conscients ». Pour un dirigeant, cela signifie évaluer chaque technologie à l’aune de ses impacts, de sa gouvernance et de la souveraineté qu’elle nous laisse.
IA 3.jpg

Réflexion et ateliers collectifs

Des échanges nourris avec la salle ont permis de formuler quatre dilemmes majeurs, révélateurs des tensions que vivent aujourd’hui les entreprises :
IA : outil ou maître ? Comment l’utiliser pour nous aider, sans qu’elle prenne le contrôle de nos décisions et interactions ?
Individu vs collectif : qui régule ? Un pouvoir fort et centralisé est-il nécessaire pour encadrer l’IA, ou faut-il privilégier une gouvernance démocratique et distribuée ?
Innovation vs sobriété : faut-il toujours plus ? Sommes-nous prêts à accepter un confort plus sobre pour réduire notre impact ?
Technologie vs nature : opposition ou alliance ? Peut-on réconcilier innovation et solutions inspirées du vivant sans imposer une voie unique ?
L’après-midi, les participants ont exploré trois approches concrètes :
Auto-diagnostiquer la dépendance technologique : identifier où son entreprise est vulnérable (ERP, cloud, IA, communication digitale) et réfléchir aux solutions pour renforcer sa robustesse.
Arbitrer en conscience entre optimisation et impact : comprendre que l’éducation et la culture numérique sont essentielles pour éviter les dérives.
Construire une grille de décision (animée par Loïc Bar et Pierre Colon) : évaluer chaque investissement technologique à l’aune des besoins réels, de la sécurité, de la conformité et de l’indépendance stratégique.

Sobriété numérique : quand Anne-Sophie Aberi prouve que durable rime avec performant et rentable

Face au mythe d’une incompatibilité entre technologie, IA et sobriété, Anne-Sophie Aberi, CEO d’Externalize-IT, démontre, chaque jour, que les PME peuvent agir concrètement pour réduire leur empreinte numérique tout en gagnant en efficacité et en économies.
megaphone
Maintenance de 50 ordinateurs plutôt que leur remplacement (50.000 € et 3 ans de durée de vie gagnés), optimisation des serveurs avec -45 % de stockage inutile, ou encore simplification d’un chatbot IA surdimensionné remplacé par une solution 5 fois moins énergivore : ses interventions montrent que « le durable, en informatique, c’est souvent moins cher ».
Avec son approche pragmatique et pédagogique, elle invite chaque entreprise à prolonger la vie du matériel, rationaliser le cloud, choisir des logiciels plus légers, questionner l’usage de l’IA et mettre en place une véritable politique de seconde vie.

En bref: les enseignements clés pour les dirigeants

Au terme de cette journée, trois messages forts émergent pour les leaders d’entreprise :
Sortir de la naïveté technologique : ni diaboliser ni idolâtrer la tech, mais la remettre à sa juste place – celle d’un outil au service d’un projet de société.
Reprendre le pouvoir : sur nos données, nos choix d’investissement et nos usages, afin d’éviter la dépendance et la perte de maîtrise stratégique.
Cultiver la robustesse : intégrer dès aujourd’hui les enjeux humains, écologiques et financiers pour bâtir des organisations capables d’absorber les chocs et de s’adapter.
En conclusion, cette rencontre a montré qu’il ne s’agit pas de choisir entre technologie et durabilité, mais de savoir quand, comment et pourquoi utiliser la technologie. Comme l’a résumé Loïc Bar : « Il faut faire des choix conscients ». Un appel à tous les dirigeants à se doter d’une boussole claire pour naviguer dans un futur où l’innovation ne vaudra que par l’impact positif qu’elle produit.
IA 4.jpg
Want to print your doc?
This is not the way.
Try clicking the ⋯ next to your doc name or using a keyboard shortcut (
CtrlP
) instead.